Marguerite et cactus

17 janvier 2009

Un roman?...

A 58 ans, je viens de retrouver au fond d'un tiroir, le début d'un petit roman que j'ai commencé il y a une vingtaine d'années

Aucune prétention dans le fait d'avoir ouvert ce blog pour vous le présenter. Juste une envie de partager. Et comme dans tout roman,si la forme amorce la communication, le fond établit le contact et la communion entre celui qui écrit et celui qui lit.

Alors lisez, critiquez, communiquez, communiez avec moi et ce sera peut-être le début d'une belle histoire...

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Années 1990...

Oui, ça yest! Aujourd'hui, je me décide. Depuis le temps que j'hésite, les ans sont là pour me rappeler, que ma vie file à la vitesse grand V et qu'il faut savoir prendre une décision un jour ou l'autre.

Prendre une décision! Voilà bien un terme dont j'ai horreur!...C'est monstrueux d'être obligé de choisir et souvent d'une manière irréversible. Comment font-ils tous ces gens sûrs d'eux, qui en quelques instants, règlent leur destin et font même fi du hasard?

Moi je ne sais pas! J'ai toujours pesé le pour et le contre, toujours balancé entre le bon et le mauvais, trouvant toujours des arguments pour l'un comme pour l'autre. Comment arrivent-ils à se dire que là, ce qu'ils ont choisi, c'est le bon " truc", ce qu'il faut faire? Enfin , aujourd'hui, calée dans mon lit avec deux oreillers dans le dos (j'aime le confort!) ma cigarette se consumant doucement entre les doigts, et Bébé ma chatte noire de 14 ans à mes côtés, je ME DECIDE!

Je passe une petite "annonce". Oui, oui! ne rigolez pas! J'ai bien l'âge de passer une petite annonce; trente-huit ans (déjà passés), seule depuis seize ans avec ma fille, et marre de remplir les rôles de mère et père sans cesse mélangés. Seulement voilà ce soir je me pose la question : quoi mettre  dans cette annonce?... Alors là, le trou, le vide complet! C'est vrai qu'il est plus facile de parler de soi que de se décrire en...(combien de lignes déjà ils donnent dans ce journal?) huit lignes (et oui seulement huit lignes!...) et Dieu sait que pour moi, parler c'est déjà pas le Pérou, alors dire de moi l'essentiel en huit lignes, bonjour le travail!

Bébé continue de ronronner (bienheureuse la garce!). Si la réincarnation existe vraiment, alors je prie sincèrement le ciel de me faire revenir sur terre, chatte (ou chat pourquoi pas!) chez une gentille mémé.

J'ai lu avec beaucoup de sérieux la page du journal proposant de passer une petite annonce et ai essayé d'en comprendre le processus. Alors voilà : vous composez  votre texte en majuscules (MAJUSCULES on a dit!), un caractère par case et un espace entre chaque mot, quatre lignes de trente cases chacune gratuites, et les suivantes payantes (faut pas exagérer evidemment) et n'oubliez pas la domiciliation au journal (hop, trente balles de plus!...). Bien, dès que vous en êtes arrivés là, écrivez! Attention trente cases, c'est vite passé et comme en général, on n'a pas encore compris qu'il vaut mieux mettre des abréviations, on n'a pas fini de recopier quatre lignes et plus, de trente cases chacune sur sa feuille. Là, il faut de la patience (mais j'en ai), raturer (ou gommer, c'est mieux, mais ça efface vos cases!) et recomposez, recomposez sans cesse jusqu'à ce que cela soit BIEN!

Et Bébé qui ronronne toujours! Moi je sue comme une malade sous ma couette et elle, elle ronronne! Vraiment il n'y a pas de justice. Bon alors je mets quoi?

                                                                                                                  A suivre...

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20 janvier 2009

A éplucher...

toutes les annonces que les paumés comme moi passent, je me dis que l'originalité ne paye pas (avec moi). Je ressens souvent une certaine réticence devant l'inconnu, le hors norme et je pense alors: " Attention il est un peu dérangé!" La banalité? Encore moins ( Il est un peu "con" celui-là!). L'accumulation de détails physiques du style : "Beau, grand, mince, blond, yeux bleus etc..."? Encore, encore beaucoup moins (Quel vantard, pourquoi passe-t-il une annonce?). Et la sécheresse de trois lignes font songer au pingre et attirent immédiatement ma méfiance. Bref quoi mettre?

Après avoir gommé (j'ai dû à chaque fois refaire mes cases!) je décide (j'emploie beaucoup ce verbe depuis quelques temps) de concocter le texte suivant:

F.CEL.38 A.1 FILLE 16 A.ADORABLE OFFRE FOYER TENDRES CALINS A H.INTELLIGENT TENDRE ATTENTIONNE HUMOUR AIMANT FAMILLE BONNE SITUATION.PAS SINCERE S'ABST...Point final!

Je relis encore une fois, oui c'est pas mal. J'en ai mis huit lignes et presque pas d'abréviations (pas avare), rien sur le physique (pas prétentieuse ou pas courageuse, au choix!), pas trop banal (j'offre quelque chose...) et pas du tout original (famille, pognon etc...). Au bout du compte, cela me reviendra à 270 francs (y compris la domiciliation!).

Maintenant que mon texte est terminé, la fébrilité me prend et les doutes m'assaillent. Ai-je vraiment envie qu'elle paraisse cette annonce, et n'ai-je pas l'impression que je deviens aussi idiote que les autres à faire cette démarche? Ah oui, ça me faisait bien rigoler de les lire les petites annonces des autres et j'affirmais avec aplomb que moi, jamais, au grand jamais, j'en arriverais là! Eh bien ma vieille, ça y est tu l'as quand même pondue ton annonce catégorie "mariage"!

Je glisse mon texte dans l'enveloppe, léchouille le timbre et inscris de ma plus belle écriture (dixit les graphologues si,si!) l'adresse du journal. Voilà, c'est fait, j'ai déjoué mon propre hasard!

Bébé s'étire de plus belle contre mon flanc et confiante me laisse lui chatouiller voluptueusement le ventre. Mon esprit se calme, mes nerfs se détendent, ma cigarette s'est consumée et j'ai tout à coup l'impression de mieux respirer. Ai-je vraiment le sentiment d'avoir accompli un grand pas? Trop tard pour répondre, je m'endors...

Oh! décidément le buzzer de ce réveil est un vrai calvaire tous les matins. Non content de me réveiller brutalement à 6 heures 15, il remet ça toutes les neuf minutes. Un vrai sadique! Enfin résignée, je daigne étirer ma carcasse de 58 kilos (toute nue), accepte tant bien que mal d'éloigner ma couette de la chaleur de mon corps et parviens à jeter un oeil sur mon réveil. Zut! Déjà 6 heures 33 d'affichés, d'où j'en déduis que je me suis laissée envahir sournoisement deux fois par le sommeil.

Plus de temps à perdre, je bondis hors du lit, fonce dare-dare dans la cuisine préparer le petit déjeuner que nous prenons toujours avant la douche. Je dois réveiller ma fille dans exactement SEPT minutes au plus tard, horaires du lycée obligent!

6 heures 34, j'attrape nos deux bols, deux cuillères, ouvre le frigo, sors beurre, lait, confiture, yaourts.

6 heures 35, je claque la porte du frigo, extirpe trois tartines de pain du placard (deux pour ma fille, une pour moi cause: régime) rattrape in-extrémis le pot de nescafé qui allait finir sa vie sur le carrelage.

6 heures 36, j'allume la radio, cherche le pot à eau (pas n'importe lequel, celui qui va au micro-ondes, VITE!!!) le trouve, le remplis et l'enfourne violemment dans le micro-ondes réglé sur quatre minutes.

6 heures 38, je récapitulre, tout est en place, alors sus au sommeil de la lumière de ma vie! J'arrache la robe de chambre de Rosine du porte-manteau de la salle de bains (porte-manteau qui a d'ailleurs voulu venir avec la robe de chambre!) et arrive pour 6 heures 40 pétantes dans sa chambre. Ouf! Nous serons à l'heure!...

                                                              A suivre...

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21 janvier 2009

Encore une matinée...

de dingues au bureau. Mes contemporains ne savent vraiment plus faire qu'une seule chose, c'est réclamer. Demander, réclamer, exiger, menacer, exploser, crier, hurler et parfois certains vont même jusqu'à bousculer le bureau de notre standardiste ( jolie comme un coeur et bien sympathique au demeurant) lorsque l'une d'entre nous refuse de recevoir l'énergumène bavant de colère, qui monopolise le hall d'entrée.

Mais qu'est-ce qu'ils ont tous? Parfois, l'agressivité de nos clients nous oblige à faire intervenir les services de la Police. Du jamais depuis 18 ans que je travaille!

C'est vrai que tout ne tourne pas rond dans nos services. Beaucoup de retard dû aux pannes répétées de l'ordinateur (enfin celui qui est assis devant, mais ça on ne l'avoue jamais, surtout pas!), ce qui nous amène à ne pas tenir les promesses faites aux clients, à décaler nos plannings.

     -Quoi? pas avant DEUX mois l'assemblée générale? râle le copropiétaire mécontent, celui qui vote toujours contre TOUT. Mais je ne serai pas là!!! TANT MIEUX!... pensez-vous joyeusement, un de moins!

Là je tiens à préciser avec une certaine fierté, que j'ai été la première femme dans notre bonne ville reconstruite après guerre par Auguste Perret à tenir, seule à partir de 1987, des assemblées générales de copropriété, ce qui n'était pas une mince affaire en ces temps encore hélàs misogyne!

Un manque évident de personnel (mais ça la Direction n'est pas d'accord et ne sera JAMAIS d'accord!)

     -Organisez-vous Mesdames, faîtes des heures supplémentaires!

Ah oui? Ben c'est déjà ce qu'on fait, monsieur le directeur! Même que nos heures supplémentaires vous avez du mal à nous les payer! Ah il vous en faut des justificatifs de ces foutues heures supplémentaires pour consentir à les faire appraître sur nos maigres bulletins de paye! Il y a même des fois, on les cherche!

     -Le service comptable n'a pas eu le temps de les rentrer sur l'ordinateur. Vous les aurez le mois prochain.

     Ben voyons!!! A noter que là, le Directeur ne se sent pas du tout fautif. C'est TOUJOURS le service comptable qui n'a pas fait son boulot, pas "lui" qui a férocement "oublié" de lui transmettre votre nombre d'heures supplémentaires!

Heureusement la matinée tire à sa fin, et c'est avec un soulagement de grande malade, que je lis enfin midi à ma montre. J'enfile en quatrième vitesse mon imperméable et discrètement prend la porte de service, au cas où un client (retraité, bien sûr, c'est toujours ceux-là qui viennent aux heures de fermeture!) se pointerait pour me demander :

     -Qui à l'usage des W.-C. situés entre le 2ème étage et le 3ème étage?

Qu'est-ce que j'en ai à faire moi, alors que c'est l'heure de cavaler acheter les deux tranches de jambon et les chips qui feront office de repas à midi?

L'air frais me fait du bien et bonheur ineffable, le pâle soleil d'hiver pointe son nez (je le préfère à celui d'un copropriétaire!) comme pour bénir ce moment où les réclamations des mécontents se taisent enfin. Rosine est arrivée en même temps que moi à la maison et c'est tout en parlant de ses tracas de lycée, que nous grimpons nos quatre étages. A peine parvenues sur le palier (moi soufflant comme un phoque - merci la cigarette!) nous entendons Bébé miauler sa faim avec virulence, d'autant plus que je mets un temps fou à ouvrir la porte (je ne sais jamais dans quelle poche j'ai fourré mes clés).

                                                                A suivre...

 

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22 janvier 2009

Ouf!

Enfin nous voilà chez nous pour peu de temps certes (45 minutes exactement), mais quel bonheur de se retrouver toutes les deux! Ma fille file dans sa chambre, non sans avoir au passage défait, balancé ou jeté (comme on voudra!) ses chaussures. J'ai une fille qui ne supporte rien sur ses petits pieds graciles.

     - Je refais mon cartable pour cette après-midi! me crie-t-elle.

     - D'accord! Mais dépêche-toi!

D'un geste sûr j'envoie les tranches de jambon et les chips sur l'évier (hélas en inox et sur lequel je m'échinerai pendant quinze ans à enlever les taches!), enlève mon sac d'un mouvement qui pourrait en d'autres circonstances paraître érotique, et fait glisser de mes épaules d'une façon moins érotique (une petite douleur là, à l'épaule gauche) mon imperméable.

Je prépare à la volée deux assiettes, deux fourchettes, deux couteaux, deux verres, deux tranches de pain de mie, deux yaourts, la moutarde et une carafe d'eau pour notre déjeuner frugal, mais que nous goûtons comme si nous étions à la Tour d'Argent. Nous on est bien: Bébé se prélasse sur le canapé, il fait bon dans l'appartement, nous mangeons en regardant la télévision (oui je l'avoue!), nos tracas ne sont pas énormes ni insolubles, mais voilà... on s'emmerde!...

Reconnaissons-le sincèrement, entre Rosine et moi ça ne va pas fort en ce moment et je ne sais pas pourquoi!

Notre complicité légendaire dans la famille, prend un coup dans l'aile ces derniers temps. Sommes-nous en train de vivre la fameuse crise d'adolescence? Et je précise bien NOUS! Car si les adolescents vivent mal cette période, que dire des parents qui sont obligés d'en supporter également les affres par répercussion.

Peut-être dois-je lui raconter ce que j'ai fait hier soir sous ma couette, lui avouer que j'ai envie de changer de vie?

                                                                       A suivre...

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25 janvier 2009

Allez je me lance!

     - Rosine, il faut que je te parle!

La barbe! doit penser ma fille, mais je suis calme et bien déterminée à lui raconter ce qui me trotte dans la tête.

     - Oui, voilà. Il faut que je t'avoue quelque chose. j'ai décidé (il n'y a pas un autre verbe s'il vous plaît?)de passer une annonce matrimoniale. Tête de Rosine qui apparemment n'a pas enregistré le message.

     - Quoi?...

     - j'ai passé une annonce matrimoniale.

     - Qu'est-ce que ça veut dire?

     - Ben j'ai passé une annonce quoi!

     - Une annonce?!...

     - Oui!!! MATRIMONIALE!!!

     - Matrimoniale?...

Devant l''incompréhension affiché par les yeux ronds et la bouche entrouverte de Rosine, j'en conclus qu'il faut que je taille dans le vif et expose enfin clairement mes intentions.

     - Voilà j'ai passé une petite annonce pour rencontrer quelqu'un. Je vois bien que nous nous ennuyons ensemble, parce que justement nous sommes toujours ensemble, rien que nous deux. J'ai envie que nous vivions autre chose ensemble mais avec quelqu'un d'autre (je me demande si je suis claire à voir l'air complètement ahurie de ma fille!)

     - Quelqu'un dautre? murmure ma fille.

     - Mais oui! Quelqu'un d'autre. Pourquoi, tu n'y a jamais pensé?

     - Ben non! Je ne vois pas pourquoi...

Là je commence à réaliser que c'est mon problème et non le sien de vouloir vivre avec quelqu'un d'autre.

     - Ecoute (ça elle le fait), tu comprends (ça c'est moins sûr) j'ai besoin d'un homme (le mot est lâché) pour ma vie de femme, pour notre vie. J'ai besoin qu'un homme me prenne par la main, me sussure des choses trendres dans le creux de l'oreille, m'assure que je suis la plus belle (là je délire!), prenne soin de moi et de TOI!

     - Ah bon!

     - Quoi ah bon?

     - Ben je ne sais pas, moi, ça m'étonne et puis c'est pas le jour!

     - Comment ça c'est pas le jour?

     - Ben non, j'ai interro d'anglais cette après-midi.

     - INTERRO D'ANGLAIS???

     -Ben oui et il faut que je file.

Complètement abasourdie par cette excuse lâche, je ne trouve rien à rétorquer et un silence gêné s'installe entre Rosine et moi. D'un geste lent elle fait glisser sa chaise sur la moquette et me murmure timidement:

     - Je dois préparer mon cartable pour tantôt.

Ah bon! Mais qu'est-ce qu'elle a fabriqué alors tout à l'heure dans sa chambre???

                                                                                 A suivre...

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26 janvier 2009

Je me tais...

car confusément je sens que ce n'est plus le moment des explications. Tant pis nous reprendrons plus tard cette discussion. Pour l'instant, il faut débarrasser la table, secouer les miettes de la nappe, ranger, réenfiler l'imperméable, remettre d'un geste moins érotique le sac sur l'épaule et ne pas oublier le parapluie car entretemps, comble de malchance, une pluis diluvienne s'est abattue sur les gris trottoirs de notre triste ville.

Depuis une dizaine de jours que j'ai envoyé MON annonce, j'ai vainement ouvert ma boîte aux lettres tous les midis, espérant y trouver une énorme enveloppe, contenant mes espérances. Aujourd'hui, alors que je n'y pense plus, un bout beige, chiffonné par les mains expertes du "préposé aux P.etT.(alias facteur!) dépasse de ma boîte et attire aussitôt mon attention. Mon coeur se met à battre plus fort et mes mains, devenues subitement moites, extirpent une énorme et lourde enveloppe kraft avec l'en-tête du journal.

Arrivée la première à la maison, je prends à peine le temps d'ôter mon imperméable dégoulinant (il pleut toujours, c'est la Normandie!), de caresser Bébé, de m'affaler sur le canapé et d'ouvrir fiévreusement l'énorme (et lourde!) enveloppe qui me brûle les doigts.

Je n'en reviens pas! Au moins une trentaine de lettres avec ma référence d'annonce inscrite dessus (oui oui c'est bien la mienne!...)sont là à se déverser sur mes genoux (non cagneux s'il vous plaît) et à s'éparpiller autour de moi.

Bébé dont les considérations estomacales se rappelent à mon bon souvenir, tente avec désespoir d'attirer mon attention, mais mes pensées sont tellement absorbées par ce monticule de papier, étalé avec provocation devant moi, que je ne l'entends pas et surtout ne veut pas l'entendre!

Je ne sais pas quoi faire, alors que Rosine va surgir d'un moment à l'autre, que je dois préparer notre déjeuner, et contenter l'estomac affamé de Bébé. L'envie irrésistible de dépouiller ce courrier d'inconnus, me tenaille et pourtant je ne me décide pas (il y avait longtemps!) à esquisser un geste, de peur d'interrompre ce moment étonnant où je sens que ma vie va peut-être basculer.

La porte de l'appartement venant de s'ouvrir avec fracas, je sursaute, semant un peu plus autour de moi, les lettres, encore secrètes, que je viens de recevoir. Rosine devant cet étalage incongru, me considère avec un drôle d'air, m'observe comme si elle me voyait pour la première fois, expédie au passage ses chaussures dans sa chambre, s'assied et me demande :

                                                                                 A suivre...         

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27 janvier 2009

Dis maman...

     - c'est quoi toutes ces lettres?

     - Les réponses à mon annonce.

     - Les réponses à ton annonce?

     - Oui, tu sais bien, mon annonce matrimoniale!

     - Ah oui!... Et alors? Qu'est-ce qu'ils t'écrivent?

     - Je ne sais pas, je n'ai encore rien ouvert.

     - Qu'est-ce que t'attends?

     - Le bon moment je suppose! Tout de suite je n'ai pas le temps.

     - Bon ben d'accord!... Quand est-ce qu'on mange?

Je n'ai même pas le loisir de lui répliquer, que se relevant aussi sec, elle balance ses chaussures et fonce dans sa chambre en criant:

     - Je prépare mon cartable pour cette après-midi! J'ai interro d'histoire!

Encore une interro?!...Et encore un cartable à préparer?...

Vraiment que feraient les enfants, le midi, s'ils n'avaient pas un cartable à bourrer de choses dont ils ne se servent pas, et une interro à réviser au dernier moment! Merci l'Education Nationale, vous évitez royalement aux parents de se triturer le cerveau pour savoir qui va donner un coup de main pour préparer le repas et mettre la table! Grâce à vous (où à cause de vous) cette tâche ingrate nous revient d'office!

C'est vrai que je n'ai pas le temps d'ouvrir tout ce courrier. Le devoir nourricier de mère m'appelant, je fais passer la fièvre de savoir ce que contient ces lettres, dans une préparation énergique et bruyante du repas.

Le soir, à nouveau confortablement installée dans mon lit, je fais le tri de toutes ces lettres d'inconnus. D'abord j'élimine toutes celles bourrées de fautes d'orthographe! Une faute toutes les dix lignes, passe encore, mais à chaque mot style:" jé trante an et votre letre ma bien plut" c'est non et même un grand NON!

Ensuite je rejette toutes celles dont l'écriture ne me plaît pas. J'avoue! Je suis très sensible aux "belles" écritures et pour moi, les signes entortillés, baveux, indéchiffrables comme ceux des toubibs, de travers (vers le haut, vers le bas) sont rhédibitoires! Je ne supporte pas ça c'est plus fort que moi!

Je reste persuadée (et parfois plus têtue que moi tu meures!) que l'écriture est le reflet de la personnalité, de la culture qu'on a reçue et de celle qu'on s'est donnée. Réaction "bourgeoise"? Peut-être! Manque d'objectivité? Sûrement! Seulement voilà j'y demeure sensible. C'est pour moi, un peu comme si une oeuvre d'Art contemporain (auquel je ne comprends rien) était comparé à un tableau de Veermer, dont la beauté m'émeut. C'est ça! C'est l'émotion qui reste primordiale pour moi et les pattes de mouche à décrypter ne m'émeuvent pas, elles m'énervent!!...

                                                                         A suivre...

                                                                                              

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28 janvier 2009

Petit aparté sur les personnages!...

Rosine ayant rejeté avec une certaine véhémence le choix du prénom de l'adolescente (d'une manière très gentille le rejet quand même!), et parce qu'elle n'arrive pas à dissocier le côté romancé de mon histoire avec éventuellement notre vécu, je vous informe qu'à partir de maintenant ce personnage je le débaptise, pour l'appeler dorénavant : SOPHIE...
Si vous n'êtes pas d'accord, dîtes-le moi, j'ai envie d'un roman interactif et proposez-moi d'autres prénoms! J'attends vos suggestions... et en attendant, bonne cogitation!

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30 janvier 2009

Alors...

je trie  aussi (sur des critères non objectifs, mais ça va venir!) les lettres de ceux qui se vantent de tout posséder; voiture (la voiture en premier,bizarre non?) boulot, maison, beauté, sentiments élevés, tendresse, humour etc... (C'est tout juste s'ils n'ajoutent pas femme et enfants!).

Vient ensuite l'élimination de ceux qui n'ont plus rien et ils sont nombreux. Plus de voiture, plus de boulot, plus de maison (parfois une caravane), ni beau ni laid, plus de femme ni enfants qui ont fui. Moi je recherche notamment la sécurité, alors au panier! Je ne me sens plus l'âme d'un Saint-Bernard ni d'une soixante-huitarde, pour sauter ainsi dans l'inconnu inconfortable des foyers de l'Armée du Salut, des centres d'accueils de S.D.F., des R.MMistes, en un mot des démunis (pardon à mes soeurs et frères qui le sont!). Je ne vis pas moi-même dans le luxe. Je subviens tant bien que mal aux besoins de ma fille et aux miens (moins exigeants que les siens d'ailleurs!)

J'apprécie enfin l'âge adulte où l'on ne sent plus obligé de concurrencer sa collègue de bureau avec un pull "Benetton" et un jean "Levis 501"! Par contre, c'est vrai on la concurrence avec un petit tailleur style "Chanel" ( donc un faux Chanel dont le tissu tire-bouchonne au bout d'une demi-heure!) ou avec une robe style "Alaïa", ravissante de simplicité sur les tops-models, mais sac à patate sur votre rondouillarde silhouette.

Bref je trie et pas qu'un peu! Je déchire également délibéremment les lettres de ceux qui mi-figue mi-raisin, restent sur leur position de mâle et  sont fiers de l'être, genre: "Moi j'aime les femmes et j'ai surtout besoin d'une femme qui m'aime (moi?)." Allez vas-y cocotte, approche-toi que je t'attrappe, tu me serviras de bonne à tout faire, tu seras la femme qui m'aime en dépit de tout, pendant que moi je serai celui qui aime les autres femmes en dépit de toi.

Je supprime également les lettres des timides, des angoissés ( je le suis assez moi-même), des masochistes ( personne ne m'aime, mais j'aime ça!), des sadiques, des obsédés sexuels (si,si,si, eux aussi écrivent!).

Finalement, lorgnant ma corbeille à papiers (une bannette pour les Normands du pays de Caux), je m'aperçois que j'ai rejeté plus d'une vingtaine de lettres. En parlant de bannette, je me rappelle que, lorsque je travaillais à Paris dans les années 70, j'avais interloqué mes collègues de bureau (bien parisiennes elles!) pour leur avoir demander où je pouvais obtenir une "bannette à papiers"!

Bon alors il me reste combien de lettres ? Six en tout!... Elles me plaisent, mais elles me font peur et je garde celles-là et pas les autres pour leur qualité d'écriture (eh oui!), leurs sentiments d'attention évoqués (Ah l'homme attentionné et galant dont l'espèce est en voie de disparition!), l'émotion sous-jacente de l'homme qui ne veut pas reconnaître qu'il est sensible, leur respect de la femme (apparemment mais je peux me tromper!) et le ton humoristique employé par certains.

Maintenant les meilleures lettres ( à mon idée) s'étalent en arc de cercle autour de moi et de Bébé qui durant tout ce travail de titan est consciencieusement restée lovée à mes côtés. Elle ronronne si fort que je me demande pourquoi elle est si heureuse dans un moment pareil!

                                                                           A suivre...

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